Les placements responsables attirent une part croissante des épargnants français, du moins dans les déclarations d’intention. Selon le sondage Ifop réalisé pour le Forum pour l’investissement responsable (FIR), 55 % des épargnants accordent de l’importance aux enjeux environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement.
La détention réelle de fonds responsables reste faible : seuls 14 % des sondés déclarent avoir investi dans ce type de produits. Mesurer cet écart permet de comprendre ce qui freine, ou accélère, la finance durable en France.
Écart entre intention et détention de placements responsables
Le décalage entre l’intérêt affiché et le passage à l’acte constitue la donnée la plus révélatrice du marché. Le tableau ci-dessous synthétise les chiffres disponibles dans les enquêtes récentes.
| Indicateur | Donnée | Source |
|---|---|---|
| Épargnants déclarant l’importance des critères ESG | 55 % | Sondage Ifop / FIR 2025 |
| Épargnants ayant investi dans des fonds responsables | 14 % | Sondage Ifop / FIR 2025 |
| Épargnants déclarant disposer de fonds responsables (2023) | 44 % | Baromètre CPRAM / Insight AM |
| Épargnants avec au moins 50 % de fonds responsables | 1 % | Baromètre CPRAM / Insight AM |
| Fonds ayant conservé le label ISR après révision du référentiel | 939 (soit 70 % du total) | Cercle de l’Épargne / AMF |
Deux lectures coexistent selon la source. Le baromètre CPRAM / Insight AM indique 44 % de détention déclarée en 2023 (contre 36 % en 2022), tandis que le sondage Ifop affiche 14 %. La différence tient probablement à la formulation des questions et à la définition retenue pour « fonds responsable ».
Selon les données de l’AMF rapportées par le Cercle de l’Épargne, la part des Français détenant un placement responsable est restée presque stable entre 2021 et 2025. L’intérêt pour le sujet progresse, la détention réelle beaucoup moins.

Label ISR révisé : ce que le nouveau référentiel change pour les épargnants
Le label ISR, délivré par le ministère de l’Économie et des Finances, a été durci. À la transition vers le nouveau référentiel, seuls 939 fonds avaient conservé le label, soit 70 % des fonds labellisés à fin novembre 2024. Près d’un tiers des fonds autrefois labellisés ne répondaient plus aux exigences.
Ce resserrement a un effet direct sur l’offre disponible. Un épargnant qui détenait un fonds ISR via son assurance vie ou son plan d’épargne retraite peut découvrir que ce fonds a perdu sa labellisation. Le label gagne en crédibilité, mais l’univers de choix se réduit.
Orientations ESMA sur les noms de fonds ESG
En parallèle, les orientations de l’ESMA (l’autorité européenne des marchés financiers), applicables aux fonds existants depuis le 21 mai 2025, imposent des critères minimaux aux fonds utilisant des termes comme « ESG » ou « durable » dans leur nom. Un fonds ne peut plus s’appeler « durable » sans respecter des exclusions sectorielles et des seuils d’investissement définis par le règlement SFDR.
Pour les épargnants français, cela signifie une lisibilité accrue. Avant ces règles, un produit financier pouvait porter un nom évocateur sans engagement réel sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Le risque de greenwashing sur l’intitulé des fonds est désormais encadré au niveau européen.
Connaissance de l’investissement responsable : un frein persistant
Le sondage Ifop pour le FIR montre que le degré de connaissance de l’investissement responsable a doublé depuis 2018. Cette progression reste insuffisante pour transformer l’intérêt en investissement. Le profil des épargnants informés est significatif :
- Les 18-34 ans affichent une connaissance plus poussée que les tranches d’âge supérieures, ce qui suggère un effet générationnel durable
- Les épargnants disposant de revenus plus élevés sont mieux informés, probablement parce qu’ils ont accès à un conseil financier personnalisé
- Les conseillers financiers maîtrisent globalement bien ces produits selon le baromètre CPRAM / Insight AM, mais la transmission vers le client reste inégale
Le changement climatique reste la thématique privilégiée par les épargnants qui s’intéressent à la finance responsable.

Rendement des fonds responsables : ce que disent les données disponibles
La question du rendement revient systématiquement quand on parle de placements responsables. Les fonds responsables n’offrent pas nécessairement de mauvais rendements par rapport aux fonds classiques, mais la comparaison dépend des périodes, des classes d’actifs et des méthodologies retenues.
Le durcissement du label ISR et les orientations ESMA ont un effet collatéral sur la performance : en excluant certains secteurs (énergies fossiles, tabac, armement controversé), les fonds labellisés se privent de valeurs parfois très rentables à court terme. Sur une période longue, les analyses disponibles ne montrent pas de pénalité systématique.
Ce qui pèse davantage que le rendement brut, c’est le coût. Les frais de gestion des fonds ESG ou ISR ne sont pas toujours alignés sur ceux des fonds indiciels classiques. Un épargnant qui compare deux produits doit regarder :
- Les frais courants annuels, qui peuvent varier du simple au double entre un ETF classique et un fonds ISR actif
- La composition réelle du portefeuille, au-delà du label affiché
- Le support d’investissement (assurance vie, PER, compte-titres), qui ajoute une couche de frais propre
Le label seul ne garantit ni la performance ni l’alignement avec les convictions de l’épargnant. La lecture du document d’informations clés (DIC) reste la seule méthode fiable pour évaluer un fonds.
Ce que révèle la stabilité de la détention réelle
Le fait que la détention effective de placements responsables n’ait pas bondi malgré la hausse de l’intérêt déclaré pointe un problème structurel. L’offre existe, la demande est latente, mais le canal de distribution ne les relie pas efficacement. L’assurance vie, premier véhicule d’épargne des Français, propose des unités de compte labellisées ISR, mais leur mise en avant dépend de chaque assureur et de chaque réseau bancaire.
La refonte du label ISR et l’encadrement européen des dénominations devraient, à terme, réduire la méfiance. Reste que la donnée la plus parlante du marché n’est pas le pourcentage d’épargnants intéressés : c’est le 1 % qui consacre au moins la moitié de son épargne à des fonds responsables.

